Les gens de la mer

Mon horizon a toujours été bouché.

J’ai grandi dans un village des Pyrénées enclavé dans une vallée, encerclé par les montagnes. Une beauté oppressante que je rêvais de traverser. Pour voir derrière. Il n’y a que l’été, lors des grandes vacances que mes parents m’emmenaient au-delà. Au bord, tout au bord de la mer. J’étais alors légère, exaltée, grisée. A la fin de l’été, il ne me restait plus que des photos-souvenir.

Adulte, je suis devenue urbaine. Les immeubles frôlant le ciel ont remplacé les montagnes. Une autre forme de beauté oppressante. Et de nouveau, ce désir d’aller voir la mer pour voir l’horizon, pour passer d’une forme de vague à l’âme à une douce euphorie.

Au-delà de l’horizon, avec la pratique de la photographie, mon regard s’est attardé sur ceux qui, comme moi, face à l’aura si particulière de la mer, se transforment, deviennent autres et ôtent l’habit du quotidien pour revêtir l’habit de la mer.